Objectifs pédagogiques

 

Mon projet pédagogique, ce qui me parait le plus essentiel à éveiller, ou à révéler chez un élève musicien, c’est la faculté de se rendre disponible au discours, à l’expression de l’œuvre musicale.

 

Les élèves musiciens, attelés à jouer un chef d’œuvre, deviennent petit à petit des êtres de passage d’un propos universel mis en musique. Notre rôle de professeur est bien d’enseigner à décoder au mieux ce propos, ce message, ce « pourquoi de l’œuvre », son sens. Ensuite, éblouis par le génie porteur, par la beauté, et si le musicien est sensible au propos, il développe ses facultés instrumentales afin de servir sans limitation de moyens.

 

La  sensibilité de l’élève aussi peut s’accroitre au propos de l’œuvre s’il est mis dans une sorte d’équilibre entre  savoir et connaissance, grâce à son improvisation sur le sujet. Comme Georges Sand le raconte dans son roman Le Château des désertes. Ce travail est très proche de celui du comédien qui joue le discours d’un autre.

 

Ainsi, dès leurs débuts, mes élèves sont invités, avec beaucoup d’amusement dailleurs, à « jouer » dans les deux sens du terme, Pierrot au clair de la lune, le berger pressant voyant venir l’orage, etc le relais est pris petit à petit par un répertoire de qualité de plus en plus valorisant.

 

Alors flatté par la subtilité, par la beauté, l’universalité des œuvres découvertes en cours, et dont il se fait messager, se retrouvant ainsi dans la chaine de la transmission, de la pérennité, l’élève développera  son savoir-faire.

 

Dans la plus grande confiance en son professeur, il développe ses possibilités techniques -souvent de l’ordre du lâcher-prise-  mais aussi dès que possible, en s’observant lui-même de l’extérieur. 

 

DANS LES PREMIERS NIVEAUX,

et sur cette voie, j'essaie aussi de mener l'élève à son indépendance dans son savoir-faire et dans ses goûts musicaux, et de le mener à la découverte d'une sensibilité grandissante. Faire en sorte qu'il sache ce qu'il aime, qu'il sache vers quels morceaux aller, et qu'il puisse, seul ou en musique de chambre, réaliser son jeu. Seul, sans professeur.

A la flûte, DANS LES PREMIERES ANNEES, OU EN PRIORITE, cela commence par lui inculquer comme un reflexe, la respiration des intrumentistes à vent, et la position adéquate dans un 1er temps. Il doit, dès le début être en mesure d'entrer dans la pulsation du morceau, faire référence à ses propres connaissances en matière de lecture.

(Raisonnablement, un élève débutant a l’age de 7 ans, presque  8 et a suivit une année de formation musicale)

Je ne lui donne pas la solution, je l'amène à retrouver ce qu'il sait lire solfégiquement.

En ce qui concerne les doigtés, la connaissance de l'instrument, il doit pouvoir les trouver. Il connait la logique; une clé qui s'ouvre = 1/2 ton élevé; 2 clés/1 ton etc...

A la fin de la première année, il joue un morceau avec accompagnement de piano, il a aussi appris à s'accorder. Il est indispensable de lui donner  le temps d'écouter son accord lui-même, c'est précieux, et suffisament délicat pour remarquer le fait (les répétitions avec l'accompagnatrice, en fin d'année, la classe est réunie, il y a l'échéance,etc...) ... jusque là et même dans ces conditions, être attentif à ce que l'écoute par l'élève puisse se faire.

QUAND LA BASE EST POSEE

La connaissance de l'instrument continue et est intimmement liée à notre corps, "1er instrument". L'air envoyé, le souffle -porteur de vie- qui provoque le mouvement de l'âme, l'émotion- passe d'abord par notre corps. Ainsi, le musicien en herbe qui s'élève (il porte bien son nom, un élève s'élève) découvre les mille et une façons de prolonger les mille et une expressions possibles de la vie à travers la musique.

En pleine élévation, l'élève s'élève à servir la musique et son génie.

Parce qu'en langue hébraïque, le caractère qui désigne celui qui prend soin d'un enfant est le même que celui qui élève un enfant (Antoine Fabre d'Olivet)

Lui apprendre donc à reconnaitre le génie, lui donner le gout du beau, du sensible, de la subtilité... Cela doit être dans le discours courant du professeur.

Remarquons que l'air du temps qui entoure nos élèves est rarement de cette nature.

Nous avons donc un rôle de défense de nos trésors, chefs-d'oeuvres, émeraudes sonores.

Ainsi, à son tour, l'élève sera "gardien de sensibilité" et sera ainsi moins acteur dumassacre des Innocents.

Pour cela, pour que l'élève soit dans la position juste, de celui qui sert le chef d'oeuvre, le professeur a besoin comme entourage, d'une équipe pédagogique qui va dans ce sens, d'une direction qui favorise ce courant "d'augmentation" (autorité vient de augtorité, augmentation), une administration sensible à ce but ultime.

Dans nos conservatoires, personne ne fera un musicien tout seul.

Rêvons à ce que tout demandeur d'apprentissage à la musique soit pris dans un élan général de son entourage pédagogique et famillial, mené de toute évidence et grâce à son savoir-faire, à son élévation sensible.

Pourquoi "rêvons" ?     Parceque nous vivons dans la séduction du facile, y compris dans nos établissements. Trop souvent, les élèves sont attirés dans des disciplines collectives par des musiques latino, colombiennes et consorts, alors que l'on ne fera jamais aussi bien du Gospel qu'un Noir Americain.

En attendant, comme un berger qui mène son troupeau marche lui-même, je voudrais par ma propre activité de musicienne, inspirer la plus grande confiance de mes élèves afin que chacun soit porté à son propre dépassement.

Ainsi, favoriser la recherche première du musicien, dégager du language musical, la vie qui s'y loge.

 

Je dirais en résumé, que j’apprends aux l’élèves à se sensibiliser au discours des œuvres et  à développer leurs possibilités techniques.

 

Afin de réaliser au mieux son audition, son concert, il pourra se connecter  au sens présumé des œuvres, comme au sens de sa démarche. 

 

La finalité est qu’indépendamment de son professeur, il soit à même de réaliser son projet : de partager sa propre sensibilité.

 

 Mise à jour le 13 avril 2016